Fonderie et art de vivre !

Le nouveau concept store ou plutôt le « joyeux bazar façon quincaillerie » d’Inès de la Fressange s’est installé dans une ancienne fonderie du 7e arrondissement. L’endroit a gardé ses verrières hautes sous plafond, ses murs vitrés, ses boiseries foncées d’époque, une vieille table de découpe et même son ancien comptoir-caisse qui lui confère des allures d’atelier à l’ancienne.

Ce lieu plein de cachet met aujourd’hui en vedette les collections de l’ex-mannequin, dont des pièces uniques et numérotées, fabriquées avec des stocks de tissus vintage dans l’atelier de couture intégré à la boutique, dans lequel on peut admirer l’ancien four de la fonderie.

Si cette très belle réhabilitation rend non seulement hommage à l’architecture industrielle de l’époque, elle met aussi en valeur, avec humour, un certain nombre d’objets qui rappellent le labeur des ouvriers : par exemple des caisses à outils re-visitées pour devenir soit des boîtes à couture ou à pique-nique dont les manches des couverts sont des tournevis, des pinces ou des clés de 12…

Label-Industrie, toujours curieuse de l’histoire qui reflète l’âme de ces lieux emblématiques, a trouvé quelques éléments expliquant, peut être, la présence un peu incongrue d’une fonderie dans ce quartier plus connu pour ses hôtels particuliers.

Cette époque, entre 1844 et 1865, a été marquée par le fort essor du transport ferroviaire (trains, locomotives mais aussi ponts et bâtiments en fer). De nombreuses forges, chaudronneries, fonderies de fer et de cuivre ainsi que des magasins généraux ont vu le jour et se sont installées dans le quartier de Grenelle qui s’étendait jusqu’au quai de Grenelle lui même proche du port de Passy.

Un nom a retenu notre attention c’est celui des établissements Cail et cie. En effet outre des bureaux rue de Chabrol il semblerait que  plusieurs usines se soient ainsi installées dans le quartier de Grenelle et on peut supposer que l’ancienne fonderie du 24 rue de Grenelle ait été soit un sous-traitant soit un magasin « show room » dans cette rue plus éloignée des lieux de production, pour des clients haut de gamme….

Des textes de l’époque montrent qu’il n’était pas facile de s’implanter au cœur de la ville : « Une telle installation est loin de faire l’unanimité à Grenelle puisqu’elle dessert les intérêts de la grande bourgeoisie. La grande industrie déprécie les terrains, les constructions rapportent peu, tant à la municipalité qu’à la société du Port, et surtout elle entraîne la naissance à Paris d’une classe ouvrière moderne et jugée dangereuse.  Au milieu des années soixante, l’atelier de Grenelle proprement dit couvre 27 000 m2 et occupe 1 000 ouvriers. L’entrée est au 15 quai de Grenelle, qui sera le siège social de la Société à partir de 1866″.(ref : dossiers.inventaire.poitou-charentes.fr/le-patrimoine-industriel)

“La société Cail et cie est connue non seulement en France, on la voit sans cesse inscrite sur les locomotives d’une partie de nos chemins, sur le parapet de nos ponts de fer, sur les presses de notre Monnaie et sur une foule de machines de toutes formes et de tout usage, mais encore dans tous les pays du globe où s’exportent et se dressent les admirables appareils à sucre dont cette maison s’est acquis particulièrement le privilège.” (ref : dossiers.inventaire.poitou-charentes.fr/le-patrimoine-industriel)

Alors cette fonderie du 24 rue de Grenelle faisait elle partie, plus ou moins, de cette fabuleuse révolution industrielle en marche ? Compte tenu de son emplacement, il y a fort à parier qu’elle en a été un maillon évident.

Continuant ses recherches, Label Industrie a aussi découvert que le 24 rue de Grenelle, avait eu pour propriétaire peu d’années avant la Révolution, Pierre Vignon, l’un des douze marchands de vins du roi. Voilà  un joli titre de noblesse pour Inès de la Fressange qui a donc raison d’y présenter aussi sa propre vision de l’art de vivre à la parisienne !

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