La nouvelle vie de la Poste du Louvre

Le projet d’une nouvelle poste centrale pour Paris a été mis à l’étude dans les années 1870 et le bâtiment mis en service en 1889.

Construit entre 1880 et 1888 par Julien Guadet (1834-1908), l’un des plus célèbres architectes de la fin du XIXe siècle et le plus éminent professeur et théoricien de l’École des beaux-arts, cet édifice de pierre et de fer est emblématique de la IIIe République. Il occupe tout un îlot délimité par la rue du Louvre, les rues Étienne Marcel et Jean-Jacques Rousseau, ainsi que le passage Gutenberg et se compose de deux parties autonomes : l’hôtel et l’usine.

L’hôtel des postes ayant une vocation publique et administrative, il se dresse en guise de vitrine sur la rue du Louvre, bâtiment de pierre monumental conçu pour s’intégrer au paysage parisien. La partie apparat avait été décorée selon les canons de l’éclectisme.

L’usine, quant à elle, était destinée au tri et à la distribution du courrier, et logiquement fermée au public. Or, elle abrite un chef-d’œuvre largement méconnu de l’architecture industrielle de la fin du XIXe siècle : elle se compose en effet de vastes plateaux rythmés de poutres-treillis métalliques formant une véritable nef, divisée en deux vaisseaux, d’une portée de douze mètres d’un côté, de seize mètres de l’autre, séparés par une ligne de colonnes en fonte. Les salles de tri étaient aménagées selon une logique industrielle grâce aux ressources de la plus haute technologie de l’époque : des poutres-treillis métalliques assuraient de très grandes portées à des planchers constitués de matériaux inaltérables, capables d’encaisser les plus importantes surcharges sans le plus petit fléchissement et sans la moindre déformation dans le temps. Ces plateaux libres étaient destinés à abriter des salles de tri superposées tandis que d’autres s’étageaient au-dessus d’un grand garage pour les manœuvres des véhicules de livraison.

Cette structure ultra-performante, Guadet l’avait ensuite habillée, comme il était d’usage pour les gares ou les palais d’exposition, d’une enveloppe de pierre très classique destinée à assurer l’insertion urbaine de l’édifice dans son quartier.

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D’un point de vue structurel, c’est donc un édifice exceptionnel que la Poste du Louvre. Architecturalement, c’est une leçon magistrale sur l’organisation des espaces par l’un des architectes les plus en vue de l’époque, mais c’est aussi le seul grand monument érigé par la Troisième République dans ses premières décennies ! La Poste du Louvre est un vaisseau amiral au centre de Paris et donne l’image du travail efficace exécuté dans des lieux d’une grande dignité : une sorte de théâtre de l’utilité sociale.

Ces espaces ont évidemment subi des modifications avec le temps, des entresols et autres ajouts répondant à l’évolution de l’activité postale. La seule dégradation sérieuse qu’a endurée la poste jusque là est involontaire, puisque c’est un incendie qui, en 1975, a détérioré les parties hautes de l’usine, reconstruites depuis.

 

 Bien que figurant dans toutes les histoires de l’architecture, la Poste du Louvre n’a jamais été classée ni inscrite, pour ne pas gêner des services très techniques dans leur gestion de ce lieu de travail. C’est la Ville de Paris qui a finalement protégé l’édifice, en 2006, en l’inscrivant dans les listes d’immeubles protégés du Plan local d’urbanisme.

Aujourd’hui La Poste du Louvre, immeuble emblématique du patrimoine postal, se destine à une nouvelle vie : un grand programme de rénovation est lancé pour faire de ce bâtiment une nouvelle adresse parisienne pour y travailler, se divertir, se ressourcer.  Les premiers travaux commencés en juin 2015 se termineront 2ème semestre 2018.

En avant première une visite virtuelle du projet de l’architecte.

Ce nouvel ensemble accueillera des activités postales classiques, des services à la population (commissariat de police, halte-garderie, espace de co-working…) des activités commerciales ( un hôtel, des restaurants, des bureaux, des commerces) et des logements sociaux.

Dotée d’une architecture respectueuse du patrimoine, avec une place centrale à ciel ouvert en rez-de-chaussée, créant au cœur de l’immeuble un lieu animé, donnant à voir un patrimoine d’exception.

« La restructuration au sens plein du terme, telle que nous comprenons dans le cadre du projet, (…) est prospective car en même temps qu’elle soigne, elle prolonge la vie, élargit le champ des possibles pour écrire de nouvelles histoires. L’histoire que nous racontons est celle de la transformation d’un îlot à vocation unique, industrielle, en un îlot urbain, opération rendue possible grâce aux qualités intrinsèques de l’immeuble de Guadet et à son insertion au cœur d’une séquence urbaine remarquable, donnant tout son sens au projet de restructuration. »(Dominique Perrault, architecte)

Pour en savoir plus sur la réhabilitation visitez ce site.

Consultez La Belle adresse.

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